Le 9 décembre dernier, les associations navetteurs.be et Canopea, membres du réseau #enTrain, ont organisé à Bruxelles une demi-journée de forum citoyen sur la nouvelle tarification des chemins de fer belges, en collaboration avec le réseau européen #enTrain.
La journée s’est déroulée selon cinq moments. Julien Laporte et Duncan Smith, pour l’association Navetteurs.be, ont d’abord présenté l’association, insistant sur sa modestie – trois bénévoles – et sur son rôle de représentation des usagers du train notamment au sein du Comité consultatif des voyageurs ferroviaires.
Duncan Smith a ensuite présenté la réforme – dite « reset » – tarifaire. Elle est prise en vue d’augmenter le nombre de voyageurs de 30 % d’ici 2032, date de la fin du contrat de service public qui lie la SNCB à l’Etat fédéral belge. Ses principaux points sont la suppression des forfaits (les cartes qui permettaient d’effectuer dix voyages à prix fixe pendant une durée de six mois ou d’un an), la suppression des tarifs aller-retour (notamment du billet week-end, qui permettait l’aller et le retour au prix de l’aller simple au sein d’un même week-end), la suppression de la carte Familles nombreuses et des zones tarifaires dans les grandes villes – Bruxelles, Gand, Anvers, Liège et Charleroi. Ses principales nouveautés consistent dans une différenciation tarifaire selon l’heure creuse et l’heure de pointe, l’introduction d’une carte Train+, comparable dans son principe aux Cartes avantage de la SNCF ou Bahncard de la Deutsche Bahn, et la mise en place d’une réduction de 40 % à toute heure pour les seniors, les jeunes et les billets à intervention majorée.
L’association estime que les affirmations de la SNCB, notamment quant au fait que la majorité des usagers paieront le trajet moins cher, sont invérifiables, et que la réforme complique le prix aux yeux de l’usager lambda. Sa principale revendication porte sur la réintroduction des zones, de la carte Familles nombreuses et l’accord de réductions plus fortes aux seniors et aux billets dits à intervention majorée, réservés aux petits revenus.
Second intervenant de la journée, Vincent Doumayrou, pour le réseau européen #enTrain, a effectué une comparaison européenne, tout d’abord en expliquant que selon deux enquêtes, la Belgique se situait au milieu voire plutôt vers le bas de la fourchette pour le prix du train (prendre le train y est plutôt moins cher).
D’une manière générale, la tarification du train oscille entre deux bornes : la tarification de service public, en général plus fixe (cas typique, le ticket de métro, toujours le même quel que soit le moment où on l’emprunte) et la tarification de marché, plus variable en fonction de l’offre et de la demande, le cas extrême étant la tarification aérienne.
En Europe, il semble que la SNCF soit allée le plus loin dans cette dernière voie, avec une forte variabilité des tarifs et une réservation obligatoire, phénomène qui touche non seulement le TGV mais aussi certains TER. Les pays germanophones ont gardé le principe du train ouvert sans réservation obligatoire : la tarification est moins sujette à variation, et les abonnements à voyages illimités, dont l’utilisation ne dépend en principe pas de la période, sont très utilisés.
Les Pays-Bas ont également une tarification basée sur une période de pointe et une période creuse, exemple dont s’est inspirée la SNCB, qui fait un pas mesuré vers une tarification de marché.
Le réseau #enTrain défend le principe d’un accès au train le plus fluide possible, la fluidité impliquant la simplicité et souplesse d’accès.

Photo Marianne Lerouge
Troisième intervenant, Jean Mansuy, pour Canopea, a abordé le thème de l’intermodalité, en effet, 30 % des voyages en train s’accompagnent d’un trajet avec un autre moyen de transport, en Flandre, le plus souvent le vélo, à Bruxelles, le plus souvent en transport urbain, en Wallonie, le plus souvent en voiture particulière. Dans tous les cas, il est fondamental de prévoir une bonne interconnexion entre moyens de transport, d’un point de vue tarifaire (les billets combinés, les aires de parcage) et matériel (des cheminements faciles entre le train et le moyen de transport complémentaire). La pauvreté des offres de vélopartage en Wallonie est regrettable, en revanche, la tarification combinée permet d’enchaîner le transport public et train pour un coût peu supérieur au train (l’abonnement combiné ne coûte pas beaucoup plus que l’abonnement du train seul). Les billets multimodaux sont toutefois peu adoptés en Wallonie, mais en revanche très largement utilisés à Bruxelles, reflet de la forte utilisation des transports urbains dans cette ville.
En conclusion, Jean Mansuy a souligné l’importance de la politique de parkings (pour les vélos comme pour les voitures) et d’une offre multimodale, avec une bonne interface entre le train et les transports urbains mais aussi, au sein de l’offre ferroviaire, entre les trains Intercity et les trains S.
Dans un quatrième temps, diverses parties prenantes ont pris position : des représentants de la jeunesse, des personnes âgées, des personnes à faibles revenu ou des milieux économiques. Notamment, les intervenant(e)s ont regretté la suppression des cartes de dix voyages, naguère très appréciées pour leur simplicité, et de la carte réservée aux Familles nombreuses.
Dans un dernier temps, les représentants de la SNCB ont justifié leur réforme par la nécessité d’accroître la fréquentation ferroviaire, et justifié la suppression de la carte familles nombreuses par une évolution de la société, celles-ci étant moins répandues qu’avant.
On peut retrouver les présentations sur ce lien : https://www.canopea.be/wp-content/uploads/2025/12/20251209_Presentations.pdf?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_source_platform=mailpoet&utm_campaign=invitation-le-train-a-quel-prix-1493
Nous remercions Marianne Lerouge, du syndicat CSC, pour l’autorisation d’utiliser l’image.
