Pour une relation « eurégionale » entre Hasselt et Maastricht

par Peter Meukens, Président de l’association TTB – 
plaidoyer traduit du néerlandais

Les liaisons transfrontalières « eurégionales » sont au cœur des réflexions du Réseau européen #enTrain. Elles sont souvent déficientes, la situation y est même parfois aberrante, comme entre Maastricht et Hasselt, villes situées de part et d’autres de la frontière entre les Pays-Bas et la Belgique, dépourvues de toute relation ferroviaire, comme le dénonce cette tribune de l’association belge trentrambus.

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Imaginez, au cœur de l’Europe du XXIe siècle, deux villes de respectivement 125 000 et 90 000 habitants, situées à environ trente kilomètres l’une de l’autre, dépourvues de toute relation ferroviaire. Impensable ? Pas vraiment, lorsqu’une frontière nationale héritée de l’histoire sépare ces villes et qu’il s’agit de Maastricht, chef-lieu du Limbourg néerlandais, et de Hasselt, chef-lieu du Limbourg belge. Nos ancêtres, pour qui une Europe unie n’était qu’une utopie, se montrèrent plus avisés et construisirent, au milieu du XIXe siècle, une ligne ferroviaire entre ces deux villes, alors bien moins importantes. Cette ligne n’a tenu qu’un siècle : en 1954, le dernier train de voyageurs y a circulé, victime de l’optimisme basé sur le progrès et sur l’automobile. Le pont ferroviaire de Maastricht est resté en place au-dessus de la Meuse, tel un témoin silencieux de ce bon sens passé.

 

En 2025, un projet a menacé ce pont de démolition. En collaboration avec d’autres parties prenantes, l’association flamande des voyageurs TreinTramBus et son homologue néerlandaise Rover ont déposé une objection dans le cadre d’une consultation en ligne organisée par le ministère des Infrastructures et de la Gestion de l’eau du Royaume des Pays-Bas. Avec succès pour l’instant, car le secrétaire d’État exclut toute décision irréversible à ce stade, et n’a pas encore pris la décision de démolition.

 

S’il y avait de bonnes raisons en 1853 pour mettre en place des trains de voyageurs entre Hasselt et Maastricht, il y en a encore bien plus en 2026. Il suffit de compter les plaques d’immatriculation belges sur le parking du centre commercial du Mosae Forum à Maastricht, pour comprendre que le potentiel de transport est très important. Si Hasselt, seule parmi le réseau transfrontalier des villes de Maastricht, Aix-la-Chapelle, Hasselt, Heerlen et Liège, à ne pas être reliée à Maastricht par un train direct, peut et veut s’épanouir en tant que ville-centre à part entière au sein de l’Euregio Meuse-Rhin (EMR), cette demande de transport existe également dans le sens inverse.

Maastricht peut sembler loin de La Haye, tout comme Hasselt de Bruxelles, mais ensemble, elles font partie de l’EMR, au cœur de l’Europe. Avec Aix-la-Chapelle et Liège à deux pas, on trouve ici trois pays et trois langues dans une région au riche patrimoine historique. De plus, Hasselt et Maastricht sont désormais toutes deux des villes universitaires, et souhaitent intensifier leur coopération dans les années à venir. Si le télescope Einstein s’installe dans notre région, on ne saurait surestimer l’importance de ce projet. Enfin, Hasselt et Maastricht se situent toutes deux sur l’axe de transport reliant Anvers à Aix-la-Chapelle et Cologne. Il y a déjà un demi-siècle, une étude avait calculé qu’il existait une forte demande de transport pour un train Eurocity reliant Anvers – Hasselt – Maastricht – Aix-la-Chapelle – Cologne. Il n’en va pas autrement aujourd’hui.

 

Avec le gouverneur du Limbourg belge Jos Lantmeeters à la présidence de l’EMR et le ministre belge de la Mobilité Jean-Luc Crucke, qui se montre favorable à une réouverture à terme de la ligne ferroviaire, le Limbourg belge, dont Hasselt est le chef-lieu, doit désormais prouver qu’il souhaite parvenir de manière constructive à une liaison ferroviaire durable avec Maastricht. Nous espérons trouver la même volonté du côté néerlandais. Se rendre à Bruxelles ou à Anvers en une heure et demie depuis Maastricht ne vous semble-t-il pas attrayant ? La suspension de la décision de démantèlement du pont offre une occasion unique que nous devons saisir ensemble. En 2026, l’Euregio Meuse-Rhin, qui a été source de prospérité et de connexion, fête son cinquantième anniversaire. Ne serait-il pas formidable, en cette année anniversaire, de poser les jalons d’une liaison ferroviaire eurégionale à part entière entre Maastricht et Hasselt ?