Le train lent n’est pas un train de seconde classe. C’est un train de première nécessité.
Une nouvelle liaison Paris–Amsterdam via des villes belges ouvre en décembre 2026. L’occasion de rappeler pourquoi la mobilité transfrontalière abordable est un enjeu de justice sociale – pas une offre commerciale.
Une nouvelle liaison internationale s’ouvre le 14 décembre 2026 entre Paris et Amsterdam et elle mérite qu’on en parle autrement que comme d’une offre commerciale.
Ce qui nous frappe, c’est le modèle. Des voitures robustes (d’anciennes rames SNCB remises en service) des tarifs accessibles, des arrêts dans des villes intermédiaires souvent ignorées des grandes liaisons rapides : Longueau, Arras, Gand, Anvers. Un train qui assume d’être lent parce qu’il choisit d’être pour tout le monde.

Une contrainte qui révèle un problème structurel
La ligne ne passe pas par Bruxelles. Non par choix arbitraire, mais parce que la section Anvers – Bruxelles est saturée : aucun sillon disponible n’a pu être trouvé sur ce corridor. C’est donc par Gand que passent les trains, une contrainte d’infrastructure qui dit beaucoup sur l’état du réseau ferroviaire transfrontalier en Belgique.
Il y a là un vrai sujet de politique publique, au-delà des annonces : si les voies sont pleines entre Anvers et Bruxelles, c’est que le réseau n’a pas été pensé, ni financé, pour accueillir une mobilité transfrontalière diversifiée. On construit pour la grande vitesse entre capitales. On oublie le reste.
La frontière ne doit pas être synonyme de rupture, mais de continuité.
Le transfrontalier, c’est du lien humain concret
Les travailleur.euses frontalier.es, les étudiant.es, les familles qui traversent régulièrement la frontière n’ont pas toujours les moyens – ni le besoin – d’un Eurostar. Ce type de liaison, lente et abordable, est exactement ce que la mobilité transfrontalière inclusive devrait proposer. Et ce que nous voulons au Réseau #enTrain Europe : le train pour relier les territoires.
Dans l’Eurométropole Lille–Kortrijk–Tournai, le Forum citoyen a travaillé pendant plus d’un an sur ces obstacles concrets. Le constat est sans appel : changer de pays, de région ou de type de transport reste aujourd’hui une rupture réelle pour des milliers de personnes. Trente propositions concrètes ont émergé de ce travail, toutes portées par la même conviction : la mobilité transfrontalière, c’est de l’accès à l’emploi, aux soins, à la famille, aux études. Ce n’est pas un luxe.
Les chiffres ferroviaires confirment l’urgence d’agir autrement : le transport est le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France (31 % des émissions), et le train émet entre 9 et 14 fois moins que la route. Les dépenses de transport représentent par ailleurs 14,5 % du budget des ménages, un poids qui pèse particulièrement lourd pour celles et ceux qui vivent loin des grandes métropoles et des liaisons rapides. Investir dans des liaisons ferroviaires abordables et accessibles, c’est à la fois une mesure climatique et une mesure de justice sociale.
Des arrêts intermédiaires, une alternative à la grande vitesse
Ce train ne cherche pas à concurrencer l’Eurostar sur son terrain. Il propose autre chose : des arrêts dans des villes que la grande vitesse a abandonnées, des tarifs qui ne supposent pas un budget de cadre en déplacement, un voyage qui prend le temps de traverser les territoires plutôt que de les survoler.
C’est précisément ce qui manque dans l’offre ferroviaire transfrontalière actuelle. Entre la grande vitesse onéreuse et le bus longue distance inconfortable, il existe un espace pour un train classique, accessible, qui relie des villes intermédiaires et des populations que les politiques de mobilité oublient trop souvent.
Ce train plus lent, qui s’arrête là où d’autres ne s’arrêtent plus, incarne une autre vision de la mobilité européenne : pas celle des capitales reliées entre elles à grande vitesse, mais celle des territoires reliés entre eux, pour les gens qui y vivent.
Infos pratiques
Paris Nord → Longueau → Arras → Gand → Anvers → Roosendaal → Rotterdam → La Haye → Amsterdam
Sources : Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai — 30 propositions pour une mobilité sans frontières (2024–2025) · Alliance écologique et sociale — Moins de routes, plus de trains (2025) · GoVolta, annonce de ligne Paris–Amsterdam (mai 2026)
